« Nous devons être...

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« Nous devons être une équipe qui a la rage de vaincre »

John Fust explique comment il veut s’y prendre pour réussir la fin de saison, et quelle réponse il attend de ses joueurs.

John Fust aura 46 ans le 5 mars. Et rien ne lui ferait plus plaisir en guise de cadeau d’anniversaire que de connaître une victoire ce soir-là, sur la glace de Fribourg-Gottéron, pour le dernier match de la saison régulière – avec à la clé une qualification pour les play-offs ? « C’est encore possible, et tant que ça l’est, nous avons le devoir d’en faire notre objectif. » Le Canado-Suisse a entamé lundi 12 février sa mission, en rencontrant pour la première fois les joueurs du Lausanne Hockey Club à Malley 2.0. Le nouveau coach explique comment s’est passée cette première prise en main, et comment il compte redonner « la gagne » à ses joueurs.

Qu’avez-vous dit aux joueurs lundi dernier ?

Je leur ai expliqué ma mission. Je leur ai dit qu’il n’y avait place ni pour l’analyse du passé, ni pour les plans du futur, mais que nous devions être dans le présent. Nous avons devant nous deux mois – ou, plutôt, trois matches pour commencer, au-delà desquels nous ne devons pour l’instant pas regarder. J’ai cherché à être positif et transparent. Les contrats des uns ou les statuts des autres n’auront aucune influence sur mes décisions. Je veux que cette équipe retrouve son âme, son esprit.

J’ai dit aux joueurs que je savais que tout le monde – dans l’équipe, autour d’elle, dans le club, chez les supporters – est déçu des résultats jusqu’ici. La réponse est dans l’action. A nous de prendre chacun nos responsabilités, pour terminer la saison avec la joie et l’envie qui caractérisent Lausanne.

Et comment le message est-il passé ?

La réponse est sur la glace. J’ai vu des entraînements d’une grande intensité, et des joueurs impliqués, mentalement et physiquement. Moi aussi, du reste, j’y vais à fond – je me suis déjà étiré un adducteur ! Je sens que les joueurs sont touchés par le fait que leur saison a connu deux changements de coach. Ils connaissent leur responsabilité. Je suis le GPS qui doit les faire retrouver le chemin du succès.

En changeant quoi ?

Certaines statistiques parlent d’elles-mêmes – comme celle de l’assise défensive. Il est clair qu’il y aura quelques ajustements dans le système de jeu. Mais c’est davantage l’application du système qui m’intéresse. Vous savez, la réalité du sport c’est que l’improbable peut toujours se produire. On ne peut jamais tout calculer, tout prévoir. Cette saison, les difficultés du LHC sont multiples, mais cela veut aussi dire qu’il y a des solutions un peu partout. De petits changements peuvent avoir des effets rapides. Des détails. Songez que les meilleurs joueurs, sur la durée d’un match, ne sont en contact avec le puck qu’une minute et demie ou deux minutes. Il faut donc simplifier les choses, provoquer un déclic.

Vous avez commencé par chambouler l’organisation du vestiaire. Pourquoi ?

Parce qu’il fallait sortir les joueurs de leur zone de confort. Ouvrir des nouveaux canaux de communication entre eux. Avec un nouveau voisin, on se met à parler d’autres choses, cela crée de l’énergie. Redémarrer, ça commence par là.

Votre expérience passée vous aide-t-elle dans cette perspective ?

Cela fait 26 ans que je suis en Suisse, et tant comme joueur que comme entraîneur, j’ai connu ce type de situations. Je sais ce qui fonctionne ou pas, ce qui provoque des émotions, des réactions. Et mes passages comme coach principal ou assistant des équipes nationales (U20 et A) m’ont appris à gérer le temps court, à être en « mode tournoi ».

Pour ce « redémarrage », le timing est bon ?

Il est vraiment unique. Avec la trêve olympique, les joueurs ont d’abord pu se vider la tête et calmer leur corps, et depuis lundi, nous avons suffisamment de temps pour procéder à ce nouveau départ. Nous aurons aussi deux matches amicaux.

Vous étiez sans club depuis la saison dernière, vous aviez un rôle de consultant à La Télé, qu’avez-vous observé au LHC ?

C’est surtout le fait que je vive dans la région et que ma famille soit pour ainsi dire vaudoise qui m’a permis de comprendre les hautes attentes du public, qui est prêt à soutenir son équipe mais qui attend d’elle un esprit de battant, de vainqueur. Cela ressortait de toutes les discussions que je pouvais avoir.

Ce soutien, il est essentiel ?

Bien sûr. On aimerait avoir un soutien maximal pour cette fin de saison. Soyons réalistes, il faut donner pour recevoir. Nous devons être une équipe qui a la rage de vaincre. Et pour cela, nous avons besoin de cette unité, qui nous porte. Ce club a un slogan magnifique, qui est la seule maxime que je trouve plus forte en français qu’en anglais : « L’union fait la force ». Une équipe, un club, une ville, ensemble. J’aimerais qu’on retrouve la valeur de ces mots. C’est peut-être psychologique, mais ce sont des petites choses que naissent les grandes.

Propos recueillis par Thierry Meyer

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